En ce mois d’août 2025, la coupe d’Europe fait son retour à la Meinau, encore en chantier. Un contexte qui rappelle la rencontre la plus prestigieuse jamais disputée par Strasbourg sur la scène européenne à domicile : le quart de finale face à l’Ajax Amsterdam, le 5 mars 1980.
Ce soir-là, en Coupe des clubs champions - l’ancêtre de la Ligue des champions - le Racing évolue dans un stade en pleine reconstruction. Seule la tribune Ouest, qui n’est pas encore le kop, est entièrement achevée. Elle a été prioritaire pour accueillir bureaux, boutique et salon de réception. Les autres tribunes, elles, n’ont pas encore vu le début réel des travaux. Sur cette photo prise avant le coup d’envoi, on aperçoit au second plan la nouvelle tribune Ouest.
Si cette affiche représente le plus haut sommet européen atteint par le Racing (et qu’avant lui, seuls Reims, Nice et Saint-Étienne avaient fait mieux en France), elle ne suscite pas l’engouement du public.
Le désamour s’explique d’abord par les résultats : champion de France en titre, Strasbourg ne pointe alors qu’à la 9ᵉ place. Quelques jours plus tôt, la Meinau n’accueille que 7 000 spectateurs pour un triste nul face à l’OM, avant-dernier du classement. A l’image de ce tacle subi par René Deutschmann, les Strasbourgeois peinent en championnat.
Depuis le début de la saison, la défense encaisse trop de buts, l’attaque est inefficace, et Carlos Bianchi - plusieurs fois meilleur buteur du championnat - ne bénéficie pas de la confiance de Gilbert Gress. Annoncé blessé pour ce quart de finale, son absence arrange bien les Néerlandais, eux qui avaient confié avant le match que Bianchi est le seul joueur du Racing dont ils connaissent le nom. France Football résume l’état d’esprit général :
La seconde raison du mécontentement du public concerne les prix pratiqués pour ce match de gala.
Jugées trop chères, les places ne trouvent pas facilement preneur et la situation se complique encore lorsqu’une diffusion télévisée est envisagée. Les dirigeants du Racing peuvent s'y opposer mais ils se retrouvent dans une impasse : accepter la retransmission, c’est risquer un stade clairsemé et perdre les recettes des guichets ; la refuser, c’est dire adieu aux revenus de la télévision. Pendant ce temps, Saint-Étienne, également engagé en coupe d’Europe le même soir, n’a pas ce problème : Geoffroy-Guichard affiche complet.
Dans l’urgence, le Racing distribue des milliers d’invitations pour remplir les tribunes, au grand agacement de ceux qui ont déjà payé leur billet. Finalement, pour ne pas renoncer aux indemnités proposées par TF1 et éviter de laisser aux seuls Verts le prestige d’une rare apparition télévisée, le club accepte la diffusion : lorsque la nouvelle paraît dans les DNA, les demandes de remboursement de billets se multiplient !
Le mécontentement des supporters est d’autant plus regrettable qu’au tour précédent, face au Dukla Prague, le Racing a bénéficié d’un soutien précieux, selon les propos confiés par Jean-Jacques Marx, un des joueurs de l’équipe :
On s’était qualifié grâce aux supporters. Ils nous ont donné le courage nécessaire pour aller au bout de nos forces.
L’affaire des billets et de la télévision fait d’ailleurs réagir la presse. France Football s’interroge alors sur la place grandissante de la télévision dans le football, avec un titre qui résonne encore aujourd’hui :
Mais revenons au terrain. Pour affronter l’Ajax, Gilbert Gress aligne : Dropsy, Jodar, Vogel (Bracci 60e), Novi, Domenech, Deutschmann, Specht, Decastel, Wagner (Gentes 62e), Piasecki et Tanter.
Du côté de l’Ajax, l’entraineur Léo Beenhakker propose l’équipe suivante : Schrijvers, Meutstege, Zwamborn, Krol, Boeve, Schoenaker, Arnesen, Lerby, Bonsink, La Ling, Jensen, Tahamata.
Devant seulement 20 201 spectateurs payants (dont 2000 Néerlandais, la plupart rassemblés dans la nouvelle tribune Ouest), les Strasbourgeois font un excellent match, à rebours des pronostics pessimistes.
Peut-être portés par l’envie de rappeler, lors de l’un des rares directs télévisés, que leur titre de champion de France n’était pas usurpé, ils dominent globalement la rencontre. Soutenus bruyamment par les présents, ils manquent toutefois de réalisme et doivent se contenter d’un nul 0-0. Les joueurs ci-dessous sont Jean-François Jodar et Joël Tanter.
Comme le souligne ce commentaire des DNA, la prestation des Bleus est rassurante et, pour le match retour, l’équipe veut croire en ses chances de qualification. Gress résume dans France Football le niveau de son groupe :
Mes joueurs ne sont plus capables d’accomplir un championnat sans gros incident de parcours, mais ils sont encore capables de réussir de bons coup ponctuels.
Malheureusement, le RCS s'inclinera lourdement 4-0 aux Pays-Bas, mettant un terme à son parcours européen pour plus d’une décennie. La suite sera en effet difficile. Le conflit latent entre le président André Bord et l’entraîneur Gilbert Gress éclatera quelques mois plus tard.
Mais déjà les signes avant-coureurs s’accumulent autour de ce match contre l’Ajax : Gress prolonge son contrat, mais pour une seule saison, à la surprise générale. La presse s’étonne aussi de l’absence inhabituelle du président Bord lors du match de championnat à la Meinau contre l’OM.
Parmi les griefs que Gress exposera plus tard publiquement figurait d'ailleurs la gestion de la billetterie de ce sommet face à l’Ajax. Bientôt, le Racing basculera dans une crise profonde, durable et brutale… mais cela, c’est une autre histoire !
Bonus : résumé vidéo du match Racing-Ajax
Autre souvenir : Racing - Francfort août 2019
Plus récemment, personne n’a oublié le dernier match de coupe d’Europe disputé à la Meinau, le 22 août 2019. Ce soir-là, le RCS a battu l’Eintracht Francfort 1-0 grâce à un but de Kevin Zohi (défaite 3-0 et élimination au match retour).
Autre souvenir : France - Francfort août 1965
Et puisqu’on parle de Francfort, terminons cette première newsletter par un retour 60 ans en arrière, le 25 août 1965.
Le stade de la Meinau accueille un match amical de l’équipe de France… face à Francfort. Disputé devant 18 000 spectateurs, il avait permet au sélectionneur Henri Guerin de tester une nouvelle défense composée notamment du capitaine Robert Herbin, et de voir évoluer l'homme en forme du moment, le Strasbourgeois Gérard Hausser. Jean Schuth, gardien du Racing, est quant à lui gardien remplaçant alors que Gilbert Gress n'est pas retenu dans le groupe.
Sur cette photo, on reconnait notamment Henri Michel (3e en partant de la gauche) et Jean Djorkaeff (7e), à leur arrivée à Strasbourg.
Ce match doit servir à préparer le déplacement en Norvège à la mi-septembre, un match de qualification à la Coupe du Monde 1966 et l'équipe de France concède le match nul face à l'Eintracht, entraîné depuis le début de saison par une vieille connaissance strasbourgeoise, Alexander Schwartz (joueur du club avant la guerre).
Le Strasbourgeois Gérard Hausser a marqué l'un des buts :
C'était une fierté de jouer avec l'équipe de France à la Meinau. J'ai gardé en mémoire les trépignements des spectateurs sur le bois de la tribune Sud qui rythmaient mes courses le long de la touche.
Bonus : résumé vidéo du match France-Francfort
Merci d’avoir lu cette newsletter consacrée au 4e thème de l’histoire du Racing : les vibrations du stade de la Meinau. Si elle t’a plu, transfère-là à tes amis supporters du club et à bientôt pour d’autres souvenirs !
Sources photos : France Football, Onze Mondial, DNA, archives personnelles.