Après Elfsborg et Edimbourg aux deux premiers tours de la coupe UEFA 78-79, le Racing se frotte à un club de Bundesliga (22 novembre et 6 décembre 1978) : le MSV Duisbourg. Si le Racing est leader du championnat, la mécanique commence à grincer : la défaite à Paris, sur un but litigieux du PSG, met fin à une série impressionnante de 28 matchs sans défaite. La semaine suivante, à domicile, le nul contre Laval confirme le coup d’arrêt. L’élan offensif a disparu. Symbole de cette panne : Gemmrich, muet depuis neuf rencontres.
Pire encore, deux joueurs se blessent face à Laval : Deutschmann et Novi rejoignent Jouve à l’infirmerie, tandis que Marx est suspendu pour le match aller. Il ne reste que neuf professionnels pour affronter Duisbourg ! Quelques jours plus tôt, l’équipe de France s’est imposée face à l’Espagne. Specht marque pour sa première sélection. Dropsy, Piasecki et Gemmrich participent également. Une fierté… mais aussi une fatigue supplémentaire. L’accumulation des rencontres, les blessures et un effectif réduit pèsent lourd.
Le Racing doit alors puiser dans sa jeunesse pour affronter Duisbourg. Tischner (21 ans) et Glassmann (16 ans, ci-dessous au centre de la photo) sont appelés. Ce dernier va disputer son premier match avec les pros. Sur le banc, les autres jeunes, Vogel, Gentes et Wiss complètent un groupe très diminué. En face, les Allemands arrivent aussi amoindris. Le capitaine et meilleur joueur, Rudi Seliger, est absent. Club modeste, Duisbourg sort d’une belle saison (6e) mais lutte désormais pour le maintien.
À la Meinau, l’événement est aussi médiatique. Une passerelle pour caméras est installée sous la tribune officielle pour la diffusion en direct à la télévision. Coût : 70 000 francs (44 000 €). Rentabilité immédiate : plus de 300 000 francs (190 000 €) de droits TV et près d’un million via la publicité (633 000 €). Avec 21 855 spectateurs, la soirée est aussi un succès aux guichets : 718 000 francs (454 000 €).
Mais en coulisses, la tension monte. L’UEFA a infligé une amende de 2500 francs, soit 1500 €, pour jets de pétards contre Édimbourg (le Racing accumule aussi les amendes de 500 francs lors des matchs de championnat pour la même raison). Le club est sous menace : au prochain incident, le terrain pourrait être suspendu pour l’éventuel quart de finale de coupe d’Europe.
Pour ce match aller à la Meinau, Duisbourg opte pour une défense à cinq, compacte et disciplinée. Le Racing domine, se procure des occasions, mais manque d’efficacité. Face à la pire défense de Bundesliga, Strasbourg ne marque pas. Glassmann impressionne pour ses débuts à domicile, bien encadré par le capitaine Jacky Duguépéroux. Mais cela ne suffit pas. 0-0, tout se jouera au retour.
Avant le déplacement en Allemagne, le Racing subit une lourde défaite à Nantes (3-0) qui confirme les difficultés. A cette occasion, l’AS Monaco rejoint le Racing en tête du classement, même si Strasbourg a un match de plus à jouer. Le RCS reçoit justement ensuite l’ASM et s’impose 2-1 à la Meinau. Un succès crucial qui fait du bien au moral, permet de reprendre seul la tête du classement et remet en confiance avant d’aller en Allemagne, surtout avec les retours de Marx et Jouve.
Pour le match retour, direction Duisbourg et le Wedau-Stadion, à 500 km de Strasbourg. Les compagnies de bus sont assaillies de demandes et environ 3000 supporters font le déplacement, en voitures ou dans les bus affrétés. Le déplacement coûte entre 70 et 200 francs, billet compris (44 € - 126 €).
Au Racing, Arsène Wenger, auteur d’un premier match brillant contre Monaco, est reconduit en libéro à la place de Tischner. “Wenger inspire confiance, il sait défendre mieux qu’on ne le croit, tacler et jaillir de la tête” indique l’entraîneur Gilbert Gress. Une décision imposée par l’absence de Novi, tandis que Duguépéroux monte au milieu de terrain pour compenser celle de Deutschmann. Du côté des Allemands, le capitaine Seliger est de retour : auteur de 16 buts la saison précédente, il va peser lourd. Duisbourg, en regain de forme, n’a plus le même visage.
Le match est commenté par Thierry Roland sur Antenne 2. Il fait -10°C et le terrain est gelé mais le Racing démarre bien. Des occasions, de l’envie. Mais toujours ce manque de réalisme. Et derrière, les contres allemands font mal. À la pause, 2-0 pour Duisbourg. Le club allemand n’est pas forcément supérieur. Mais plus réaliste, plus solide, plus prêt pour ces rendez-vous. Score final : 4-0.
On croyait les Allemands au bord du gouffre et les Strasbourgeois avec une confiance retrouvée. Il apparaît aux acteurs que la défaite est sévère mais logique. L’admiration et le complexe face à la Bundesliga ne sont pas près de diminuer. Le Racing est éliminé alors qu’il était le dernier club français engagé en coupe d’Europe. Il n’y aura la saison suivante que quatre clubs en coupe d’Europe, alors qu’une qualification aurait permis d’obtenir une cinquième place (contre six pour l’Allemagne).
Au cours de cette saison 78-79, le Racing aura perdu ses trois déplacements européens et cette déroute en Allemagne confirme la période difficile : sur les six derniers matchs de championnat, Strasbourg n’a gagné que deux fois. Les adversaires s’adaptent, se regroupent, et le Racing peine à trouver des solutions. Mais heureusement, dès le début de l’année 1979, le RCS repart de l’avant… pour écrire la plus belle page de son histoire.
Bonus : une vidéo du match aller et du match retour.
Lors de la deuxième confrontation face à un club allemand, l’Eintracht Francfort en août 2019, en match de barrage de la ligue Europa, le Racing réalise une bonne performance à l’aller à la Meinau (victoire 1-0 grâce à un but de Kévin Zohi) mais tombe sur plus fort et beaucoup plus malin au retour (3-0).
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Sources photos : DNA, France Football, Fred K, archives personnelles.
