Le 11 mars 1976 disparaît Joseph Heintz, l’un des dirigeants les plus marquants de l’histoire du club.
Joseph Heintz entre officiellement au comité du Racing dans les années 1920 et, vers 1930, il devient président de la section football du club. C’est en grande partie grâce à son action que le club réussit son entrée dans le professionnalisme et son nom reste associé aux premiers grands succès : la place de vice-champion de France en 1935 et la finale de la Coupe de France perdue contre Sochaux deux ans plus tard.
Après la Seconde Guerre mondiale, il conduit le club vers une nouvelle finale, perdue en 1947 face au LOSC. Cette même période voit Strasbourg réaliser l’une de ses plus belles saisons en championnat avec une 3e place. L’année suivante, il négocie l’arrivée au RCS de l’ensemble de l’effectif pro des SR Colmar, club tout juste mis en liquidation. Une opération qui permet miraculeusement au Racing d’éviter la relégation en 2e division.
Réputé pour son caractère et son attachement à l’autorité, il entretient parfois des relations tendues avec les joueurs. Le cas du gardien François Remetter en est l’exemple le plus célèbre. En 1949, ce dernier préfère quitter Strasbourg pour rejoindre Le Thillot… une formation amateur de 3e division. « Quand deux têtes de lard se rencontrent, c’est toujours compliqué », expliquera-t-il plus tard pour justifier ce départ surprenant.
En 1951, la troisième tentative est la bonne : le Racing gagne enfin la Coupe de France ! La saison suivante tourne toutefois au désastre. Sportivement en difficulté et plongé dans des tensions internes, le club est relégué pour la première fois. Heintz démissionne à l’issue de cette année noire et son départ ouvre la voie à une nouvelle génération de dirigeants, la première à ne pas avoir connu les années fondatrices du club.
Au début des années 1960, Joseph Heintz est rappelé à la tête des professionnels. Il réalise alors un coup de génie en confiant le poste d’entraîneur à Paul Frantz, qui n’a encore jamais dirigé de club et n’a même jamais évolué comme joueur professionnel. Le pari est gagnant : Strasbourg remporte à nouveau la Coupe de France et s’illustre en coupe d’Europe.
Quelques mois auparavant, Heintz n’avait pas hésité à imposer ses vues à l’entraîneur en place, Robert Jonquet, pourtant ancien international français, en exigeant la titularisation d’un jeune joueur écarté depuis son retour de la guerre d’Algérie, un certain Gilbert Gress. Lors d’un déplacement à Marseille, Strasbourg s’impose 3-1, Gress inscrit un but et délivre une passe décisive.
La fin des années 1960 est plus difficile et le club lutte pour son maintien en traversant une grave crise financière. Lors d’une AG le 28 août 1968, Heintz est poussé dehors : une page se tourne avec le départ définitif du dernier grand dirigeant qui a connu le Racing d’avant le professionnalisme.
Comme lors de son premier passage, il s’était montré intransigeant envers les joueurs, qui à cette époque n’ont pas leur mot à dire sur leur carrière. Sa relation avec René Hauss est un exemple de ses méthodes autoritaires. Au début de la carrière de ce dernier, Heintz fait capoter son transfert aux Girondins de Bordeaux en affirmant que le joueur ne souhaite pas rejoindre la Gironde, un mensonge que Hauss découvre quelques mois plus tard. Finalement, c’est en 1968 que Hauss quitte Strasbourg pour entraîner le Standard de Liège.
Hauss me racontera plus tard leur dernière confrontation : « Je vais voir le président Heintz dans son entreprise à Bischheim pour lui annoncer mon départ. Quand je lui ai dit, il s’est tout de suite fâché et m’a traité de traître. J’ai essayé de lui expliquer que j’avais besoin d’accumuler de l’expérience, de vivre autre chose et que je pourrais revenir ensuite au Racing… “Tant que je serai là, tu ne mettras plus les pieds à la Meinau ! Va-t-en, tu n’es plus mon fils !” J’avais 40 ans et il me parlait comme ça… Il faut dire que Joseph Heintz comptait sur moi, il voulait construire autour de moi. Il me considérait comme son second fils. »
Le temps finira par apaiser les choses entre eux. Le lendemain du décès de Joseph Heintz, le Racing joue un match à la Meinau. Le hasard veut qu’il se déroule face au FC Sochaux : René Hauss est sur le banc adverse.
Bonus : une interview de Joseph Heintz en janvier 1966
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Sources photos : programme d’avant-match, Livre d’Or du Racing, Dernières Nouvelles d’Alsace