Mai 1966 : l’incroyable voyage de Kurt Bossert en fauteuil roulant jusqu’au Paris

Le 22 mai 1966, il y a 60 ans, le Racing bat Nantes en finale de la Coupe de France. Au bord de la pelouse du Parc des Princes, un supporter particulier exulte. Il a effectué la distance Strasbourg-Paris en tricycle adapté pour encourager les Bleus !

Sur le fil du Racing
3 min ⋅ 22/05/2026

Au printemps 1966, le Racing se qualifie pour la finale de la Coupe de France. Kurt Bossert, grand supporter du club, décide de respecter le pari fait quelques mois plus tôt auprès de ses amis : il va parcourir les 460 kilomètres jusqu’à Paris sur son tricycle adapté pour assister au match !

Ce fauteuil lui est nécessaire au quotidien en raison des séquelles de la poliomyélite qui paralysent ses jambes. S’il fait une quinzaine de kilomètres par jour à la seule force des bras pour se rendre à son travail de tailleur-retoucheur, le défi est immense mais rien ne semble pouvoir le faire changer d’avis. Son épouse Jeanne se souvient : « il m’a dit qu’il faisait ça pour que le Racing gagne. »

Le samedi 14 mai 1966, à 26 ans, Kurt prend le départ sur la Place Kléber. Si les 500 francs nécessaires ont été réunis difficilement, grâce notamment à plusieurs dons anonymes, les Dernières Nouvelles d’Alsace participent à l’organisation du voyage en relayant son aventure auprès des municipalités traversées. On le voit ici le dernier jour à quelques kilomètres de Paris.

Après sept jours de route, il atteint Paris à la veille de la finale. Kurt disait vouloir prouver « qu’à force de volonté, on peut triompher de l’infirmité » et le pari est réussi. Le lendemain, le Racing remporte la finale 1-0 et les joueurs tiennent à partager avec lui ce succès. Au coup de sifflet final, Gilbert Gress vient le chercher pour qu’il participe au tour d’honneur. Dans les jours qui suivent, le club l’associe pleinement aux festivités.

Dès la saison suivante, une place d’honneur lui est réservée à la Meinau et il reçoit même une clé lui permettant d’accéder au salon des joueurs après les rencontres, où il partage régulièrement champagne et célébrations avec ses amis footballeurs. L’entraîneur Paul Frantz résume alors ce qu’il représente pour tout le club : « pour l’ensemble de l’équipe, il représentait une motivation, un exemple. » Cette dédicace de Gilbert Gress le confirme.

Depuis l’âge de quatorze ans, Kurt Bossert n’a quasiment jamais manqué un match à la Meinau. Au fil des années, il tisse des liens avec plusieurs joueurs du Racing. Gilbert Gress vient régulièrement le chercher à son domicile pour l’emmener au stade. L’attaquant argentin José Farias l’aide pour remonter le charbon depuis la cave de son immeuble. Et lorsque le défenseur Denis Devaux quitte Strasbourg pour Reims, il lui envoie depuis Varsovie une carte postale signée par toute l’équipe rémoise, dont Raymond Kopa.

L’été suivant, en 1967, Kurt se lance un défi encore plus incroyable : faire un tour de France en solitaire de 5 600 kilomètres, toujours à la seule force des bras. Ce voyage extraordinaire lui permet de multiplier les rencontres. À Toulouse, il pousse la porte de la boutique de Just Fontaine. Impressionné par son courage, le meilleur buteur de la Coupe du monde 1958 prend à sa charge les jours de repos que Kurt passe dans la ville. A Mont-de-Marsan, il rencontre les célèbres frères Guy et André Boniface. Les deux stars du rugby français lui dédicacent une photo accompagnée d’un message admiratif.

Malgré la chaleur étouffante de l’été 1967, les nuits passées à la belle étoile sur la Côte d’Azur et les difficultés financières permanentes, Kurt poursuit son aventure jusqu’au bout. Le 6 août 1967, il retrouve Strasbourg avec près de deux semaines d’avance sur son calendrier. Une performance immense, réalisée avec une obsession : être présent à la Meinau pour le premier match de championnat du Racing.

Décédé en 1994, à 54 ans, des suites d’une attaque cérébrale, Kurt Bossert reçoit un dernier hommage à la Meinau : une minute de silence est respectée avant le match de championnat face à Martigues (5-0), à la mémoire de ce supporter hors du commun.

Merci à Jeanne Bossert et ses filles, Karine et Véronique, pour leur accueil et leur gentilesse.

En bonus : un résumé de la finale Racing-Nantes


Merci d’avoir lu cette newsletter consacrée au 2e thème de l’histoire du Racing : Les hommes au cœur de l'action. Si elle t’a plu, transfère-la à tes amis supporters du club et à bientôt pour d’autres souvenirs !

Sources photos : famille Bossert, DNA.

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Par Philippe Wolff

Je suis supporter du Racing club de Strasbourg. Auteur du livre “Racing 100 ans à la Meinau” (2014, éditions DNA) et fournisseur de contenus pour le parcours muséal du club. Rédacteur et responsable éditorial du site racingstub pendant une dizaine d’années. Ancien membre et président de la Fédération des supporters du RCS (2010-2024) : représentation de plusieurs milliers de supporters pour un football populaire (faisant l’effort de tenir compte de tous les publics), valorisation de la culture club, animation d’un lieu de vie ouvert à tous et organisation de déplacements pour encourager l’équipe à l’extérieur.

Allez Racing !

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