Le Racing affrontera dans quelques jours le Paris FC, c’est l’occasion de souligner que le PSG n’est pas le seul club de la capitale à avoir connu l’élite, loin de là. Retour en 1961 pour un match houleux contre le RC Paris.
Le dimanche 3 septembre 1961, Strasbourg reçoit le RC Paris. Les Parisiens ont frôlé le titre la saison précédente, le RCS vient d’être promu et a gagné ses deux premiers matchs de la saison. Sous une chaleur caniculaire, près de 23 000 spectateurs sont à la Meinau pour cette affiche. Le club parisien domine largement la rencontre et ouvre le score à la 23e minute.
Puis, deux minutes plus tard, l’arbitre, M. Deban, siffle un penalty pour Paris. Cette décision est vivement contestée et les esprits s’échauffent, des spectateurs lancent des bouteilles sur la pelouse, la rencontre s’interrompt. La police doit intervenir, le jeu reprend dans une atmosphère électrique, ce qui n’empêche pas les Parisiens de marquer le penalty puis d’ajouter un 3e but juste après.
Le RC Paris gagne finalement 3-1, tandis que l’arbitre doit quitter le terrain en étant protégé par une double haie de policiers. Les DNA écrivent que M. Deban a « complètement gâché la grande fête automnale du football alsacien ». Tout en entretenant la polémique, le club appelle au calme pour éviter de nouveaux débordements. Un rebondissement inattendu va bientôt mettre fin tragiquement à la polémique…
Mais avant cela, le Racing est sanctionné de 1000 francs par la ligue et un arrêté du Maire Pflimlin interdit la vente de bouteilles au stade.
La frustration entretenue pendant plusieurs jours s’interrompt brutalement : dans la soirée du 13 septembre, M. Deban décède au volant de sa voiture, écrasée contre un arbre à Voyenne dans l'Aisne.
Ce même 13 septembre, le Racing dispute son tout premier match européen, en Coupe des villes de foire. Une compétition réservée aux villes accueillant des foires internationales, indépendamment des résultats sportifs : le RCS hérite d’un adversaire redoutable, le MTK Budapest, 3e de son championnat. Les Hongrois visitent la foire européenne avant le match, où ils dégustent de la choucroute et de la bière sur le stand Kronenbourg. Le soir, devant à peine 3 401 spectateurs à la Meinau, le MTK s’impose face aux Bleus.
On retient tout de même qu’à la 73e minute, Jean-Michel Lachot a marqué, de la tête, le tout premier but européen du Racing. Le séjour des Budapestois se poursuit le lendemain à Schiltigheim, où bière, saucisses, chopes en grès et cravates-souvenir achèvent de marquer leur fructueux passage.
15 jours plus tard, le Racing dispute le match retour. En 38 minutes, les Strasbourgeois encaissent sept buts et perdent finalement 10-2 (13-3 sur l’ensemble des deux matchs). Si Roland Merschel, présent sur le terrain, reconnaît la qualité de l'adversaire, il s'interroge sur l'état physique dans lequel ils ont disputé le match :
Nous étions tous complètement dans les vapes. J’ai particulièrement gardé en mémoire François Remetter, notre gardien, d’ordinaire très bon, qui ce jour-là encaisse des buts sur des frappes de 35-40 mètres en restant figé sur sa ligne. C’était très bizarre.
En bonus : un article complet sur ces deux matchs
Toujours au cours de ce mois de septembre 1961, les dirigeants du Racing annoncent, un verre de champagne à la main, l’arrivée du buteur allemand du Hambourg SV : Klaus Stürmer. Une annonce choc car la situation financière est catastrophique pour le football français, les clubs sont contraints de s'appuyer prioritairement sur des jeunes joueurs. A Strasbourg, la mairie accorde toutefois au Racing un prêt remboursable pour renforcer l'équipe.
À 26 ans, l’avant-centre international doit apporter son efficacité offensive au RCS. Le contrat est signé et il vient donner le coup d’envoi fictif du match Racing - Rennes à la Meinau. On annonce ses débuts le 15 octobre, contre Sochaux. Sa femme, déjà installée dans un appartement trois-pièces à proximité de la Meinau trouvé par le club, se réjouit de ce transfert.
Mais le contrat est annulé : faute d’homologation par la Fédération allemande, qui n’a pas apprécié les manœuvres du Racing, le transfert fait pschitt et les dirigeants du RCS sont contraints d’annoncer que Stürmer ne portera jamais le maillot strasbourgeois. 15 jours de présence, aucun match joué, son record n’a pas été battu par Ishé Samuels-Smith ! Même sans les moyens actuels d'information, les supporters du Racing suivent lucidement le déroulement de cette histoire consternante autour de leur équipe préférée.
Ce mois de septembre infernal se termine ainsi, dans l’espoir d’un mois octobre plus réjouissant. Hélas, dès le 1er octobre, le FC Metz vient s’imposer à la Meinau…
Jean-Pierre Mocky sort un film en 1984 intitulé « A mort l’arbitre ! » (avec Michel Serrault dans le rôle d’un supporter et Eddy Mitchell dans celui de l’arbitre) dans lequel une poignée de supporters se lance aux trousses de l’arbitre après un match, coupable d’avoir sifflé un penalty qui condamne l’équipe locale à la défaite.
La scène clé du penalty se tourne au stade Robert Diochon, à la fin d’un match de D1 entre Rouen et Strasbourg, le 17 septembre 1983 : tandis que les joueurs ont rejoint la douche après un match nul 2-2 (dont un but d’Albert Gemmrich, son 100e en championnat), les supporters eux sont restés dans les tribunes pour un rôle de figuration dans le film devenu culte.
Merci d’avoir lu cette newsletter consacrée au 3e thème de l’histoire du Racing : la passion des supporters. Si elle t’a plu, transfère-la à tes amis supporters du club et à bientôt pour d’autres souvenirs !
Sources photos : DNA, livre d'or du Racing, programme d’avant-match, AFP.