Avant l’été 2011, le club est pris en otage par son actionnaire principal, vexé d'avoir investi à perte des millions d'euros. L’une de ces ultimes provocations consiste à vouloir interdire au public d'entrer dans le stade pour le dernier match de la saison de National, et à envisager de venir en hélicoptère pour assister à son premier match à la Meinau, en apposant dans les gradins vides une banderole annonçant le dépôt de bilan du club. Les pouvoirs publics interdisent le huis clos à la veille du match et se mobilisent ensuite pour sauver l’institution.
Le dépôt de bilan est acté le 22 août. C’est une libération salutaire pour les fidèles du club, mais le prix est lourd : à l’issue d’un chemin judiciaire sinueux, jalonné de tentatives fantaisistes visant à le ranimer, le Racing doit solder 72 saisons de professionnalisme. Ayant multiplié en vain les propositions de reprise auprès d’Hilali et gagné ainsi une réputation de recours, Frédéric Sitterlé entend faire renaître le RCS en prenant appui sur l’Association et en confiant les responsabilités sportives à François Keller, directeur du centre de formation désormais vidé.
C’est à un plongeon dans l’inconnu qu’est contraint le Racing, animé d’un esprit de reconstruction. Après plusieurs semaines de course contre la montre pour rassembler une équipe compétitive, le club joue, le 27 août, son 1er match en CFA2, la cinquième division. Une victoire à Forbach 4-0 devant 120 supporters du Racing. Un match plus compliqué que ce que le score laisse penser. Voici l'équipe qui débute le périple dans les rangs amateurs : Vauvenargues Kéhi – Eric Nyatchou Ndema, Steven Keller, Ludovic Golliard, Vincent Guignery – Joris Ursch, Thomas Martin, Gauthier Pinaud, Adel Benchenane – Alexandre Gisselbrecht, David Ledy. Une moyenne d’âge de 22 ans dont cinq titulaires de moins de 20 ans, avec une pensée particulière pour Vauvenargues Kéhi et Steven Keller, disparus bien trop tôt.
Une semaine plus tard, le 3 septembre, le Racing dispute son premier match à domicile : 9 813 spectateurs posent la première pierre du renouveau. Une affluence record et rassurante pour un club qui ne peut se passer de son public, autant pour l’aspect symbolique que budgétaire. L'abandon du stade, très coûteux pour des matchs de ce niveau, est redouté un moment mais la popularité du club, largement déconnectée des difficultés sportives ou administratives, permet d'y maintenir les matchs du Racing. La première affiche de la journée contribue à cette belle affluence, avec la venue des championnes d'Europe lyonnaises, qui affrontent le promu Vendenheim en D1 féminine (victoire de Lyon 10-0).
Le démarrage de cette saison est aussi marqué par le grand nettoyage du stade, longtemps délaissé, organisé par la Fédération des supporters. Lors de la première session, 70 personnes nettoient 5 000 sièges, les coursives et la tribune de presse. Avant le match contre l’ASIM, une seconde session de nettoyage doit être organisée en raison du nombre important de billets vendus. Cet été 2011 a permis de prouver que le RCS reste quoi qu’il arrive une institution enracinée dans la culture et l’imaginaire de la région. Il y a quelque chose de chevaleresque, de noble, à être présent dans la tempête. La chose est belle parce qu’elle est difficile.
Le Racing s’impose 4-1 contre Illzach-Modenheim, grâce à des buts de Thomas Martin, Billy Modeste, Adel Benchenane (en photo ci-dessous avec Golliard et Modeste), également double passeur décisif, et Anthony Sichi. Avant la rencontre, un stand permet d’acheter, à prix libre, un ruban bleu pour manifester son attachement au club. Après le match, les joueurs viennent à la rencontre des fans sur le parvis pour signer des autographes et partager un moment convivial. Cette journée du 3 septembre 2011 reste dans les mémoires comme le symbole du rassemblement des supporters et du renouveau du Racing.
En bonus : un résumé de Forbach-Racing et de Racing-ASIM
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Merci d’avoir lu cette newsletter consacrée au 1er thème de l’histoire du Racing : Les tournants décisifs. Si elle t’a plu, transfère-la à tes amis supporters du club et à bientôt pour d’autres souvenirs !
Sources photos : DNA, racingstub, FSRCS, UB90, documents personnels.
